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Synopsis du conte... || Ce conte fait ± 7¼ pages (21659 caractères)
Pays ou culture du conte : Canada.

Recueil : La forêt vive. Récits fondateurs du peuple insu

4 Le gendre de son fils : la chute aux enfers

Rémi Savard (1934-20..)

« Nous devons abandonner Tsheshei, dirent-ils. Il est très vieux, le froid l'emportera. » Même son fils était déjà âgé. Or ce fils avait une fille, pour laquelle le vieux Tsheshei éprouvait du désir, lui qui ne pouvait même plus marcher. « C'est ça, leur dit-il, construisez-moi un abri en bois et abandonnez-moi ici. Ça m'ira comme ça. Mais ne le faites pas trop petit, pour que je puisse quand même bouger un peu tout en étant assis. » Quand la petite construction fut terminée, ils se dirent : « Maintenant, enfermons-le à l'intérieur. - Laissez-moi ma hache », demanda-t-il. Ce n'était qu'une hachette. « Bon, quittons-le maintenant », se dirent-ils. Puis ils se remirent en marche. Tsheshei resta assis pendant un certain temps. Puis il se dit : « Ils doivent être rendus bien assez loin. Si j'attends trop, je ne pourrai jamais les rejoindre. » Il pratiqua alors une ouverture dans un des murs de son abri, en sortit et se mit à suivre leurs traces, qui déjà étaient moins fraîches. Soudain, il vit un endroit où les siens avaient campé. Les traces devenaient de plus en plus fraîches. C'est qu'il s'était peu à peu transformé1. Sa démarche était devenue celle d'un jeune homme. Il arriva au site où les siens s'étaient arrêtés pour dormir et vit qu'on y avait fabriqué un arc. « J'aimerais bien en avoir un comme celui-là », pensa-t-il. Aussitôt il en eut un à la main. En continuant à marcher, il nota que les traces laissées par les siens continuaient à être de plus en plus fraîches. Ayant atteint un autre endroit où ils avaient dormi, il vit, aux trous carrés laissés dans la neige, qu'ils y avaient fait figer de la graisse d'os de caribou2. « Ah ! que j'aimerais avoir de cette graisse ! », se dit-il. Aussitôt il sentit son sac à dos s'alourdir. Il se remit en marche en se disant : « Cette fois, je les rejoindrai. » Tout en marchant, il trouva un autre indice de leur passage : ils avaient uriné dans la neige. « Je souhaite pouvoir en faire autant », se dit-il. Et aussitôt il ressentit le besoin d'uriner, ce qu'il fit sur-le-champ3. « Me voilà maintenant tout près du but », pensa-t-il.

Ils étaient plusieurs campés sur un très grand lac gelé. Les tentes formaient une longue ligne. Certains le virent venir d'assez loin. « Un étranger nous a suivis », dirent-ils aux autres. Ceux-ci regardèrent à l'extérieur de leurs tentes. Il portait un arc à l'épaule et avait la démarche d'un jeune homme. Parvenu au milieu de la ligne des tentes, il dit : « Holà ! Devrais-je passer tout droit sans m'arrêter ? Mon père m'a conseillé d'offrir ma graisse cuite de caribou quand  j'entendrais dire qu'il y a des femmes à marier. Voilà ce qu'il m'a dit, quand je l'ai laissé mourir de froid. Il ne pouvait plus marcher tant il était vieux. - Nous n'avons pas de filles, se fit-il répondre. - Ça signifie que je ne devrais pas m'arrêter ? » On lui répondit : « Le seul ici qui a une fille à marier a dressé sa tente de l'autre côté de la pointe, là-bas. - Ah ! Après tout, ce serait peut-être mieux que je passe tout droit. » On lui répéta que les seuls qui avaient une fille célibataire étaient campés de l'autre côté de la pointe4. L'homme en question était justement devant sa tente en compagnie de sa femme et de sa fille. Quand le visiteur [Tsheshei] passa devant chez lui, il [son fils] se retira dans sa tente en disant : « Si on a affaire à moi, on n'a qu'a venir me trouver. » C'est à ce moment-là seulement que Tsheshei fit demi-tour en direction de la tente de son fils. Après avoir enlevé ses raquettes, il accrocha sa charge de graisse à un tronc d'arbre, feignant ainsi de ne s'arrêter que pour un moment. Mais il n'avait qu'une idée en tête, celle d'épouser sa propre petite-fille.

Il entra, s'assit et dit à cette dernière : « Va chercher ma graisse. » Elle sortit et se dirigea vers le tronc d'arbre. « J'espère qu'elle n'arrive même pas à soulever ce colis », se dit-il. Son vœu se réalisa. « Maman, cria la jeune fille, c'est impossible. - Tu n'as qu'a couper l'arbre », lui lança Tsheshei. La mère rejoignit sa fille à l'extérieur, mais elle fut tout aussi incapable de prendre le sac de graisse. « Coupez l'arbre ! », répéta Theshei. Comme elles entreprenaient de couper l'arbre, Tsheshei pensa en lui-même : « Si seulement le colis de graisse pouvait s'enfoncer dans la neige. » Effectivement, dès que l'arbre fut abattu, le tout disparut dans la neige. Les deux femmes durent le rouler jusqu'à l'entrée de la tente. Tsheshei ne voulait pas que son « beau-père »  [en réalité, son fils] touche à la graisse. Il s'avança vers l'entrée de la tente, mit un genou au sol et d'une seule main entra le colis, tout en soulignant qu'il n'y avait rien là de très difficile. « Le colis que j'ai laissé derrière moi était beaucoup plus gros, déclara-t-il. Il contenait la viande d'un caribou que mon père avait tué. Celui-ci vient d'un jeune caribou. » Il découpa le pimi en morceaux et les personnes âgées furent conviées à un festin. Assises en cercle sous la tente, elles se mirent à manger. Certaines d'entre elles le reconnurent : « C'est Tsheshei. Il ressemble en effet à celui que nous avons connu dans notre jeunesse. » Ces remarques agacèrent un peu leur hôte [soit le fils de Tsheshei], qui protesta en ces termes : « C'est absurde. C'est mon gendre et je suis son beau-père ! Allez, mangez donc ! » Le visiteur revint à la charge : « La graisse que voilà est bien peu en comparaison de ce que j'ai dû laisser derrière moi. Il y en avait tellement ! Ah ! si on pouvait tout récupérer. - Nous serions bien portants », de renchérir les vieux. Craignant soudain qu'ils aillent chercher la graisse qu'il ne cessait de se vanter d'avoir laissée derrière, Tsheshei y alla d'une suggestion pour faire diversion : « Pourquoi n'irions-nous pas chasser le caribou ? C'est ce que j'ai fait l'automne dernier pour avoir des panaches de jeunes bêtes ; j'en avais besoin pour fabriquer des pointes de flèche. Même s'il y avait très peu de neige, je n'ai pas eu de difficulté à en attraper. Alors, maintenant que la neige est abondante, ce sera encore plus facile. - Voilà un jeune chasseur qui nous évitera de mourir de faim. Allons aux caribous ». dirent-ils. Tsheshei leur demanda ensuite : « Pourquoi avoir construit un abri là-bas ? J'ai suivi vos traces. C'est de là que j'arrive. - C'était pour le Tsheshei, dirent-ils. Il est mort de froid. C'est qu'il ne pouvait plus bouger. Il était très vieux. Voilà. C'est lui que nous avons abandonné là-bas. - Mais il n'y est plus, dit Tsheshei. La cabane était percée. Ce doit être les martres. La cabane que vous aviez construite n'était pas assez solide. Les martres l'ont déjà emportée. - Pourtant, je pensais bien l'avoir faite solide », répondit le fils de Tsheshei.

Le lendemain, ils se mirent en route. Ce jeune homme était devenu leur chef de file. Quand vint le soir, ils campèrent. Avant de s'arrêter, ils avaient vu une cabane de castor. « Demain, nous irons aux castors, dirent-ils. C'est ça, mes amis. Et vous me laisserez me charger de la cabane. - Mais pourquoi donc ?, demandèrent-ils. - Parce que la cabane est très gelée, répondit Tsheshei, ce sera difficile de la percer. Mais comptez sur moi, j'y arriverai5. » C'est ainsi que, le lendemain, ils partirent chasser le castor. Arrivés sur les lieux, ils s'arrêtèrent tous à différents endroits sur la glace, de façon à former un cercle autour de la cabane. Sauf Tsheshei, qui s'approcha de celle-ci et y pratiqua une ouverture. Chacun de ses partenaires perça la glace là où il s'était arrêté. Le trou fait par Tsheshei était plus gros que ceux des autres. À l'intérieur de la cabane, il faisait très chaud. Avant d'y entrer, il avait retiré ses vêtements6. Durant toute la journée, les autres travaillèrent au froid sur la glace. Quant à lui, dès qu'il entendait quelqu'un s'approcher, il lançait hors de la cabane des bouts de bois rongés par les castors, pour laisser croire aux autres qu'il avait fort à faire. « C'est vraiment très difficile, disait-il à haute voix pour que les autres l'entendent. C'est très vaseux ici. » Personne n'alla vérifier ce qu'il faisait. Le soir venu, après qu'ils eurent tué tous les castors, l'un d'eux alla le trouver en disant : « Voilà, mon ami, on en a fini avec eux » Tsheshei rétorqua :   Non, il en reste encore deux. Ils viennent tout juste de sortir. » Chacun retourna rapidement à son trou et attendit. Tsheshei en profita pour enfiler ses vêtements. Celui qui était venu lui parler revint en disant que personne n'avait vu de castor. « Ah ! Ce devait être un rat musqué, dit Tsheshei. Effectivement, la tête était assez étroite. » Après quoi, il sortit de la cabane. La soirée était déjà avancée. Il faisait noir. Ils se demandèrent lequel d'entre eux pourrait les guider jusqu'au campement. Quelqu'un suggéra Tsheshei. « Bien, je vous ramènerai chez vous », dit celui-ci. On lui donna sa part, soit un castor, et le groupe se mit en marche. Ils empruntèrent un raccourci. L'un d'eux, qui marchait juste derrière lui, voulut à un certain moment l'aider en poussant sur son castor au moyen d'un bâton7. Mais Tsheshei marchait si vite que l'homme au bâton n'y arriva pas. « Notre ami est si rapide qu'il pourrait bien nous laisser derrière lui, dirent-ils. - Oui, c'est ce qui va arriver », répondit Tseshei. Mais comme il marchait très vite, la fatigue commença à se faire sentir. Lorsqu'il fut à bout de force, il laissa intentionnellement tomber sa hache et  à compter ses pas. Soudain, prétendant avoir oublié sa hache près de la cabane de castor, il rebroussa chemin en disant : « Je vais aller la chercher ». Ils étaient rendus très loin de leur point de départ et la nuit était très avancée. « Tu iras demain, lui dirent-ils. Demain, nous ne voyagerons pas. Ce sera congé. - Mais vous n'y pensez pas ! Les martres la rongeraient. J'y vais. Vous n'avez qu'à continuer. » Ils le laissèrent là. Alors, il enleva ses raquettes et les envoya seules. Elles voyagèrent par elles-mêmes et feignirent même de creuser pour trouver la hache. Quant à lui, il n'eut qu'à faire quelques pas pour récupérer celle-ci. Pour ce qui est des raquettes, elles lui revinrent très vite car elles étaient rapides. Après les avoir chaussées, il suivit les traces des autres et arriva au campement quelques instants seulement après eux « Notre ami n'est certainement pas allé chercher sa hache, dirent certains. Vous irez vérifier demain. » Le lendemain, en allant chasser le porc-épic, l'un d'eux retourna à la cabane de castor et rapporta aux autres qu'il y était vraiment allé, même si c'était très loin.

Le soir même, sa femme fit bouillir de la tripe de castor. C'est ce qu'on lui servit comme repas. À l'insu des autres, il avait déjà fabriqué en cachette quelque chose dans du charbon de bois. Alors, s'adressant à sa femme, il lui dit : « Je me demande bien lequel de nous deux est plus jeune que l'autre. Le premier qui aura fini de manger son bout de tripe sera déclaré le cadet de l'autre. Commence. » Elle se mit à mâcher, mais ne réussit qu'à couvrir la tripe de marques de dents. « À ton tour », lui dit-elle. Comme sa mastication était efficace, il parvint rapidement à tailler la tripe en morceaux8. « Ah ! C'est vraiment toi le plus jeune », dit-elle. Il en éprouva une grande fierté.

Le lendemain, ils voyagèrent encore toute la journée. Vers le milieu du jour, sa femme lui fit une confidence : « Quand je vois les femmes nourrir leurs bébés au sein, je les envie beaucoup. - J'ai compris, dit-il. Dès ce soir, pendant que j'irai au porc-épic, tu installeras une tente à part pour nous deux. - Bien !  », répondit-elle. Lorsqu'ils s'arrêtèrent pour la nuit, Tsheshei s'éloigna pour chasser le porc-épic. Elle dit alors à sa mère : « Il m'a demandé de préparer une tente pour nous deux. - Alors, fais ce qu'il t'a demandé », lui dit sa mère. Plus tard dans la soirée, celle-ci fit cuire un jeune porc-épic rapporté par Tsheshei9. Ce dernier mit de côté l'intestin du jeune porc-épic. Et lorsqu'ils furent seuls, vers neuf heures, il dit à sa femme : « Alors, tu me disais donc que ça te faisait envie de les voir donner le sein à leur bébé. » Il tailla un long bout de bois et, tout en regardant sa femme, se mit à le ramollir un peu. Elle se demandait bien ce qu'il était en train de fabriquer. « Allons-y maintenant ! », dit-il en s'approchant d'elle. Soudain, elle hurla de douleur. « Mais ce n'est pas un pénis, c'est un bâton, dit-elle. - Allons donc, un bâton ! Ne sais-tu pas que le pénis d'un jeune homme est toujours aussi rigide ? C'est simplement ça qui t'arrive. » Soudain, ils furent interrompus dans leurs ébats par la mère, qui arriva avec le porc-épic bien cuit.  « Voici le porc-épic, dit la belle-mère. - Hein ? Que dit-elle au sujet des dents ? demanda Tsheshei. - Il n'est pas question de dents mais de porc-épic, de dire les femmes. - Ah bon ! Le porc-épic ! Oui ! Oui ! Le porc-épic, c'est ça », fit-il10.

Le lendemain, ils voyagèrent encore toute la journée. Le soir venu, ils découvrirent une piste de caribou. « Laissez-moi le jeune caribou, leur dit-il, j'en ai besoin pour mes pointes de flèches. - On te le laisse, il est trop rapide pour nous, lui dirent-ils. - Ce sera un jeu d'enfant pour moi. L'automne dernier, lorsque j'ai eu à en chasser pour mes pointes de flèches, ils soulevaient la terre en courant, tellement il n'y avait pas de neige. Mais maintenant qu'il y a beaucoup de neige, ce sera chose aisée. » On ne voyait pas encore de caribous. Ils se tenaient loin car ils avaient senti les hommes. Ceux-ci poursuivirent le troupeau. Celui qui courait en tête forçait Tsheshei à ralentir. On le lui reprocha et il le laissa passer devant. Tsheshei courait si vite que les gens craignaient de le perdre de vue. « Ah ! Si un jeune caribou à bout de souffle pouvait bien se détacher du troupeau », pensa Tsheshei. Effectivement, un jeune caribou à bout de souffle quitta le reste des caribous. « Je vais lui courir après », cria-t-il aux autres. Celui qui le suivait de près dit : « Je t'accompagne. - Quoi ? dit Tsheshei en se retournant. - Je disais que j'allais avec toi. - Mais pourquoi donc ? Il n'y a qu'un seul caribou. Tu ferais mieux de poursuivre le reste du troupeau avec les autres. » Tsheshei souhaita ensuite que son jeune caribou s'arrête un peu pour reprendre son souffle. Ce que cette bête à bout de souffle ne tarda pas à faire. Tsheshei en fit autant. Mais, après un moment, l'animal repartit de plus belle. Après l'avoir contourné, Tsheshei parvint néanmoins à le tuer. Il n'en prit cependant que le panache et s'empressa de retourner immédiatement au campement.

Les femmes n'avaient même pas encore monté la moitié des tentes. Le voyant sortir de la forêt, elles s'exclamèrent d'admiration : « Notre ami est déjà de retour. Quand les autres arriveront, ils seront épuisés ; nous devrions le ravir à sa femme. » À ces mots, sa jeune épouse se mit à pleurer. « Pourquoi pleures-tu ainsi ? lui demanda t-il. - Elles veulent te voler à moi. - Jamais on ne m'éloignera de toi », répondit-il. Il s'installa ensuite à l'extérieur pour travailler ses pointes de flèche, mais bientôt il eut froid. Sa belle-mère lui offrit une peau de jeune caribou ayant encore ses poils. « Couvre-toi, si tu as froid. Il y a à peine un instant, tu étais en sueur », lui dit-elle. Il s'enveloppa dans cette peau de caribou, ce qui le réchauffa. Les autres arrivèrent tard ce soir-là. Ils avaient tué du caribou. « Votre ami est revenu depuis longtemps, leur firent remarquer les femmes. Nous n'avions même pas fini de dresser le campement quand il est revenu. » Tsheshei était très fier d'entendre leurs commentaires à son sujet. Le lendemain, ils levèrent le camp à nouveau et allèrent s'installer près de l'endroit où ils avaient laissé leurs caribous abattus11. Ces derniers furent tous transportés au nouveau campement. Il faisait très chaud ce jour-là. Les femmes faisaient la corvée de préparation des peaux. Pendant que sa jeune épouse travaillait avec elles, Tsheshei s'endormit à ses côtés, la bouche toute grande ouverte. Or, constatant qu'il n'avait pas une seule dent, elle éclata en sanglots. « Mais qu'as-tu donc à tant pleurer ainsi ? demanda-t-il en s'éveillant. - Je sais maintenant que tu es Tsheshei. Tu n'as plus une seule dent ! lui répondit-elle. - C'est faux. La vérité, c'est que je mâche de la gomme de conifère et que mes dents en sont couvertes. » Il sortit la gomme de sa bouche et dit : « Voici ce qui recouvrait mes dents. C'est pour cela qu'on ne pouvait pas les voir. - Tu es Tsheshei ! », dit-elle en continuant à pleurer. Alors, il déclara ce qui suit : « Lorsque tu voyageras en groupe, ne prends jamais de retard sur les autres. » Après quoi, il s'engouffra dans la terre.

Après ces événements, elle faisait bien attention de ne jamais marcher la dernière. Comme on était au début du printemps et que la fonte des neiges avait commencé, il arriva un jour qu'une courroie de ses raquettes se détacha. Sa mère l'attendit pendant qu'elle la fixait. Par la suite, ce fut une courroie de son traîneau qui lui causa plusieurs problèmes. Chaque fois, il lui fallut s'arrêter pour la remettre en place. Ensuite, les courroies de ses raquettes recommencèrent à lâcher. Mais, comme ils étaient presque rendus au campement situé derrière une petite pointe, sa mère passa devant elle. Après quoi, une de ses raquettes se détacha à nouveau. Même s'ils étaient à deux pas de leur tente, on décida de l'attendre. Elle tardait cependant à apparaître. « Où est-elle donc ? », demanda son père à sa mère. « Elle est juste là, derrière la pointe. C'est là que je suis passée devant elle. » Ils allèrent la chercher et découvrirent que Tsheshei l'avait étranglée au moyen de la corde dont elle se servait pour tirer son traîneau. Et il vécut avec elle pour toujours.


1. Tsheshei marche plus vite que les siens. Pourtant, on vient de l'abandonner sous prétexte qu'i1 ne pouvait plus suivre le groupe.
2. Il s'agit de pimi, qu'Aiasheu avait offert à son fils pour l'amadouer (troisième récit).
3. Lors d'une conversation, le conteur précisa que Tsheshei commit à ce moment l'erreur qui le perdra plus tard : il oublia de regénérer son organe génital. La variante de Nutashkuan décrit le processus de rajeunissement de façon plus détaillée. À la fin de son récit, le conteur dit : « Uipeta eunkuannua uentsissit. Unamashine apu tukuannit, eunkuannu nu uentsissit [Ses dents, voilà ce qu'il a oublié. Son "machin", il ne l'a pas, voilà ce qu'il a oublié]. » Nous verrons plus loin le sens de ces deux omissions.
4. Tshesheii joue son rôle de jeune homme en quête d'épouse, mais il sait bien que son fils et sa bru sont là et qu'ils cherchent un conjoint pour sa petite-fille en âge de se marier.
5. En brisant leur cabane, on fait fuir les castors par le tunnel de sortie donnant sous l'eau. C'est alors que des gens essaient de les attraper aux divers trous pratiqués dans la glace recouvrant le plan d'eau. Tsheshei prétend se réserver la tâche la plus difficile, mais on verra qu'il n'en est rien. De plus, il se paie un peu la tête de ses compagnons en faisant état de son expertise en matière de perforation de cabane !
6. C'est donc pour se tenir lui-même au chaud, et nullement pour éviter que ses partenaires ne souffrent du froid, que Tsheshei s'était réservé cette tâche. Cette disparition dans la vase n'en préfigure pas moins le sort qui lui sera réservé en fin de récit.
7. On ramène son castor en le traînant sur la neige. Une corde est fixée à la tête de l'animal, pour qu'il puisse glisser dans le sens des poils. Il arrive parfois que, le castor s'accrochant aux obstacles du chemin, celui qui vient derrière aide son compagnon en poussant la bête au moyen d'un bâton.
8. Ce passage est difficile à traduire. Il semble que le morceau durci par le feu, que Tsheshei avait préalablement introduit dans le boyau, facilite la mastication et supplée à l'absence de dents.
9. Selon le traducteur Matthew Rich, il arrive souvent, dans de telles circonstances, que la mère prépare le repas pour le jeune couple.
10. Dans la situation où il se trouve, la question des dents est un point assez délicat. On comprendra bientôt pourquoi.
11. Les choses se déroulent ainsi lorsqu'une chasse se termine tard en soirée. On se contente alors d'éviscérer les bêtes, avant de retourner dormir au campement. Le lendemain, tous déménagent sur les lieux de la chasse. Souvent, on entrera les carcasses dans les tentes pour les faire dégeler lentement. Comme on est à la veille du printemps, les tentes sont encore chauffées. Quelques jours plus tard, on s'installera à l'extérieur pour faire boucherie et procéder aux diverses transformations : préparation du pimi, fermentation du sang auquel on mélange les végétaux non encore digérés que contiennent les panses de ces ruminants, grattage des peaux, etc.

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- FIN -

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